Population et démographie

LA POUSSEE DEMOGRAPHIQUE, PROBLEME MAJEUR DE L'ALGERIE

Population

Berbères, Arabes, Européens cohabitent en Algérie. La population de l'Algérie est composée en premier lieu de divers éléments autochtones :
d'une part, les Berbères (population la plus anciennement identifiée de l'Afrique du Nord), qui comprennent les Kabyles, les Touareg, les Mozabites, les Aurasiens et, d'autre part, les Arabes, aujourd'hui très mélangés :
on trouve surtout des Arabo-Berbères et des Berbéro-Arabes.
Les Européens proviennent surtout des provinces françaises de l'Est et du sud ; il s'y est joint une importante population des pays du pourtour de la Méditerranée (Espagnols, Italiens, Maltais).

Densité de la population.

La population totale, de 2 500 000 habitants en 1856, atteignait au 1er janvier 1957, dix millions d'habitants, dont neuf millions de Musulmans.
Elle est répartie très irrégulièrement. La densité est d'environ 3 habitants au km2, mais cette proportion reste sans signification puisque dans le chiffre de la superficie totale de l'Algérie, 2 000 000 de km2 sont désertiques.
La densité réelle varie entre 50 et 325 habitants au km2, le long de la frange côtière, pour devenir plus clairsemée à mesure qu'on descend vers le Sud : 0,4 habitant au km2 (moyenne pour l'ensemble des territoires sahariens) et 0,06 (dans les Territoires des Oasis).
Les plus grosses agglomérations algériennes se trouvent dans le nord : Alger (365000 h.), Oran (299000 h.), Constantine (149000 h.), Bône (113000 h.), Philippeville (70000 h.), Tlemcen (75000 h.), Sidi-bel-Abbès (80 000 h.).

Démographie

La situation démographique, problème fondamental de l'Algérie, conditionne toute la politique économique et sociale.
Peuplé de 2 500 000 habitants en 1856, ce territoire comptait au 1er janvier 1957, dix millions d'habitants (militaires exclus), dont un million de non-Musulmans (tous civils) et neuf millions de Musulmans.
La population algérienne a donc quadruplé en cent ans ; alors qu'elle représente moins de 3 p. mille de la population mondiale, elle s'accroît annuellement dans une proportion qui est de 1% de l'accroissement de la population mondiale.
Cette cadence déjà rapide s'est accélérée considérablement au cours des dernières années.
En l'absence de mouvements migratoires importants, l'accroissement annuel de la population est dû à l'excédent des naissances sur les décès qui s'est établi à 265000 en 1956, soit en valeur relative 2,65 %.
Ce taux est un des plus forts du monde.

Situation au 31octobre 1954

1300000 âmes plus en six ans.
Dans la structure administrative actuelle, la population de l'Algérie (travailleurs en Métropole compris) s'établissait ainsi au 31 octobre 1951, date du dernier recensement général :

Un recensement n'est qu'une mesure dont il convient d'examiner la précision.
Notamment le dénombrement des populations en grande partie rurales, comme la population musulmane d'Algérie, est toujours grandement influencé par les conditions administratives ou psychologiques du moment.
Une analyse minutieuse des principales structures de la population a permis de déceler des erreurs par excès en 1918 (influence du rationnement) et des lacunes importantes en 1954 (omissions de femmes).
Dès lors, si les chiffres ci-dessus peuvent être acceptés pour la population non musulmane, une mise au point apparaît nécessaire pour rétablir le niveau exact de la population musulmans.
Résultats statistiques du recensement du 31 octobre 1954 (volume 1).

Répartition géographiquee

a) La population non musulmane a tendance à se concentrer davantage dans les grandes villes (en 1954, 77 % des Européens vivaient dans les 46 communes de caractère urbain) d'où une structure professionnelle particulière : 1,6 % de primaires (25 000 exploitants plus 17 000 salariés environ) ; 34 % de secondaires (cadres et ouvriers du secteur industriel ou artisanal) ; 50 % de tertiaires (fonctionnaires, professions libérales et commerciales essentiellement).
La population non musulmane est encore relativement très jeune, malgré les effets rapides de la baisse de la fécondité : sa structure par âge actuelle se compare à celle de la population française vers 1866 : 35 % de moins de 20 ans ; 54 % d'adultes ; 11 % de plus de 60 ans.

b) La population musulmane reste encore essentiellement rurale en dépit de l'augmentation rapide, surtout depuis la fin du dernier conflit, de la population des grandes communes urbaines. En limitant la comparaison aux deux derniers recensements, on donnera la répartition par grandes catégories de communes (nombres corrigés).

Cette tendance est vérifiée par les résultats professionnels du dernier dénombrement qui révèlent deux faits :
1) 73 % d'hommes « actifs » dans I'agriculture par rapport à la population « active » masculine ;
2) accroissement des Musulmans « actifs » du secteur non agricole entre 1948 et 1954 de 45 % (de 350000 à 510000).

TENDANCES DE LA FÉCONDITÉ ET DE LA MORTALITÉ

Population européenne

La fécondité de la population européenne d'Algérie connaît un mouvement de baisse rapide depuis l’avant guerre immédiat :
supérieure à 13 % environ à la fécondité français" vers 1935-1937, elle se situe aujourd'hui nettement au-dessous d'elle (6 %). En revanche, la mortalité très élevée avant la guerre - surtout la mortalité infantile - s'est considérablement améliorée depuis 1939, mais elle reste néanmoins largement plus, forte qu'en Métropole : mortalité infantile : 45 p. 1 000 contre 35 en France en 1954-55 ; espérance de vie à la naissance vers 1949 : hommes : 60 ans en Algérie contre 62 en France ; femmes : 67 ans en Algérie comme en France"

Population musulmane

L'étude du mouvement naturel de la population musulmane présente de grandes difficultés en raison du mauvais enregistrement des actes de naissances et de décès à l'état civil.
Les conclusions de diverses études critiques sont les suivantes : le taux de natalité est de l'ordre de 45 p. 1000 et le taux de reproduction brute supérieur à 310 %. Taux de reproduction brute : nombre de filles nées de cent femmes en une seule génération.
Les facteurs essentiels de cette fécondité élevée semblent être l'extraordinaire précocité de la nuptialité féminine (à 20 ans les deux tiers des femmes sont déjà mariées) et l'absence à peu près totale de limitation volontaire du nombre des naissances.
Des statistiques récemment établies d'après le recensement de 1954 montrent que les femmes mariées après 20 ans ont au minimum 25 % d'enfants en moins.
En outre, l'influence de l'instruction ne semble jouer dans le sens d'une limitation de la fécondité que si le mariage a lieu après 20 ans.
D'ailleurs, on constate bien, d'après les mêmes statistiques, que les jeunes filles musulmanes ont tendance à se marier moins jeunes dès qu'elles possèdent un minimum d'instruction.
Ces faits, que l'on n'a pu établir de manière incontestable que tout récemment, autorisent les plus grands espoirs pour I'avenir.
Si la fécondité de la population musulmane se compare seulement à celle de la France du XVIIème siècle, sa mortalité correspond en revanche sensiblement à la mortalité française du début du XX" siècle : espérance de vie à la naissance : 44 et 49 ans respectivement pour l'un et l'autre sexe ; mortalité infantile : 150 p. 1000.
Encore qu'ils soient difficiles à mesurer, les progrès réalisés depuis quelques années semblent considérables. Dans les communes urbaines, la mortalité infantile est passée de 186 p. 1000 en 1947 à 143 p. 1 000 en 1955.

Population européenne

D'autres Sahariens, nomades, éleveurs de chameaux et de chèvres, se déplacent suivant les saisons et les régions qu'ils parcourent soit vers la steppe de I'Algérie du Nord en été (nomades du Haut Sahara), soit vers les ergs et les vallées de montagnes en hiver et vers les oasis en été (nomades du Sahara central).
Une petite partie de la population, semi-nomade, se déplace périodiquement avec ses troupeaux et cultive les terres susceptibles de fournir rapidement des récoltes parfois abondantes.
C'est le cas de la vallée de l'oued Guir dont les alluvions très riches reçoivent les crues de façon irrégulière : mais faut-il encore pour que la récolte soit bonne que les débordements ne soient pas trop violents et néanmoins suffisamment importants

PERSPECTIVES D'AVENIR

Stabilisation de la natalité chez Ies Européens.
Depuis quelques années, la population européenne semble avoir stabilisé sa progression annuelle au taux de 1%, mais la tendance légèrement déclinante de la natalité ne permettra sans doute pas de maintenir longtemps ce rythme. Ainsi dans les hypothèses de calcul suivantes :
1) baisse de la fécondité de 1 % par an jusqu'en 1970 ;
2) baisse de la mortalité à tous les âges pour atteindre en une cinquantaine d'années la mortalité actuelle des Pays-Bas, la population européenne passerait de un million d'habitants en 1955 (militaires exclus) à 1200 000 habitants en 1980.
Ces calculs prévisionnels montrent en outre qu'elle subirait une perte qualitative par un vieillissement assez prononcé (16% de plus de 60 ans en 1980).

Baisse possible de la natalité, avec éIévation de niveau de vie, chez les Musulmans. Pour la population musulmane, les perspectives conditionnelles présentent un aléa beaucoup plus grand. Aussi les c
alculs effectués sous les hypothèses suivantes :
a) maintien de la fécondité à son niveau actuel,
b) baisse de la mortalité en suivant la ligne de tendance des dernières années, semblent constituer une évolution limite forte, particulièrement pessimiste.
Il n'est pas interdit de penser que l’accroissement annuel moyenne de la population compris depuis quelques années entre 2,5 et 3 % puisse se modifier en baisse, car les efforts entrepris pour développer l’économie algérienne (3 400 milliards d'investissements possibles publics et privés dans les dix prochaines années selon l'hypothèse B' de développement considérée dans le Rapport Maspetiol ) doivent déterminer une élévation sensible du niveau de vie et du niveau culturel de la population musulmane.
Quoi qu'il en soit, voici les résultats prévisionnels, jusqu'en 1980 :

CONCLUSION

En cent ans, la population de l'Algérie a quadruplé. Le fait démographique domine tous les problèmes algériens et impose une cadence très rapide au travail de scolarisation, d'amélioration de l'habitat, du ravitaillement, de l'assistance médicale et sociale, etc...
La situation se trouve peut-être aggravée par une distribution très irrégulière de la population. La densité de la population s'échelonne de 0,06 habitant à 360 h. au km2.
De plus, certaines régions, telle La Kabylie, constituent de véritables paradoxes démographiques : région extrêmement pauvre, La Kabylie compte 1150000 habitants pour 9240 km², soit 124 au km2 (la plus forte densité d'Algérie, mis à part Alger).
Ainsi la Kabylie constitue une sorte d'absurdité géographique (explicable par des raisons historiques) qui rend extrêmement difficile l'effort des Pouvoirs Publics pour améliorer la condition de vie des Kabyles.

Cette croissance démographique, exceptionnellement rapide, rend particulièrement difficile la solution des problèmes économiques et sociaux.
Déséquilibre entre l'accroissement démographique et le potentiel économique.
Comme rien ne semble devoir entraver l'accroissement massif, de la population algérienne dans l'immédiat, à partir de 1957, il devra se créer en moyenne 63 000 emplois nouveaux par an jusqu'en 1965, du seul fait de l'augmentation des deux populations, la population active masculine musulmane devant passer de 2200000 à 2900000 unités de 1955 à 1965 et la population active non musulmane de 280000 à 310000 unités durant la même période.
Fin 1980, on peut prévoir que l'Algérie devra subvenir aux besoins d'une population globale de 18 000 000 d'habitants.
Or, s'il est difficile d'établir une comparaison rigoureuse entre les ressources naturelles de l'Algérie et sa population, il apparaît à l'évidence qu'il existe un déséquilibre entre le potentiel économique de l'Algérie et la poussée démographique. L'Algérie n'arrive plus à employer ni à nourrir les populations qui vivent sur son sol.
(Cf. Documentation générale, Aspect social - L'émigration algérienne en Métropole.)

MINISTERE de l’ALGERIE 1957 Envoyé Par M. C. Fretat, pages de 35-53
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Mis en ligne le 15 janvier 2026

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